01 septembre 2007
Jean LAFFORGUE
exposition, Le Carmel, Tarbes
du 3 au 29 septembre 2007
« Nature qui l'emporte sur culture est fruste, culture qui l'emporte sur nature est pédante » Confucius
Vous avez une drôle d'idée de me demander une présentation de l'oeuvre de notre ami Jean Lafforgue.
Songez-y, lors de la dernière Commission des Sites et Paysages, le 21 juin passé, je fus parmi les quatre ignorants, archaïques, insensibles à l'art contemporain, à l'art tout court, qui ont voté « non » au projet de la « Fondation pour l'art contemporain Louis Vuitton », située au coeur du Jardin d'Acclimatation. Le grand architecte américain Frank O. Gehry -celui du fameux Guggenheim de Bilbao- nous proposait un édifice-voilier ou iceberg dont la toiture, voiles ou nuages dominera bientôt les frondaisons du Bois de Boulogne.
Nous n'avons pas été plus attentifs à l'argument selon lequel cette nouvelle et prestigieuse création serait l'honneur d'une grande capitale.
Fi de l'art officiel, fi de l'art marchand !
Accepterions-nous de borner nos histoires de l'art aux mécénats religieux et aristocratiques d'autrefois, pour « reconnaître » aujourd'hui, aux deux sens étymologiques du terme, les seuls sponsorings des puissances financières ?
En 2004, le Musée du Quai Branly a acquis une statue Dogon, de « provenance inconnue » insistent les spécialistes maliens, pour la somme provocante de quatre millions d'Euros !
Nous refusons d'être aliénés par une émotion dépouillée de réflexion.
Il est des abstractions figuratives contre Nature quand, en toute simplicité, elles prétendent la recréer. Elles sont dès lors, l'expression d'un héritage culturel où dans ses droits de prédateur, l'homme demeure le « Roi de la Création ». Et ainsi de frôler les dangers du conventionnel kitsch.
Nous est-il possible, par des universels, d'objectiver les subjectivités et de penser des concepts esthétiques indépendants dans leur absolu, de la richesse des supports, des matériaux, des ressources et de l'ampleur des oeuvres d'art ?
Ainsi le travail de Jean Lafforgue m'inspire-t-il ces contours qui, par ailleurs, m'en approchent.
Ni critique d'art, moins encore spécialiste, je serais bien embarassé de porter des jugements de valeur, mais en revanche, je suis heureux de dire les raisons et de mon estime et de mon amitié.
Dans son travail, Jean Lafforgue, si on y réfléchit, son art est « contact et distance ».
Ses personnages, quand ils sont masques, et non point portraits, insiste-t-il, dans sa peinture alors des visages apparaissent. « Louis le Conquérant », ce buste d'un alpiniste renfrogné et volontaire, en vérité il narre une tragédie topique.
Il a, un temps, écouté les mystères de la germination avant de rencontrer ses jardiniers attentifs aux efforts de cette vie balbutiante.
Nous avons tous été convaincus par l'audace sereine de leur spiritualité domestique exprimée avec persévérance et pertinence dans l'oeuvre terrienne de Jean.
Ses paysages sont des espaces médités, médités car naguère parcourus, ils lui sont désormais inaccessibles. Terres profondes, essentielles et vastes, loin de tout onirisme, où la vie accapare souvent son étendue au ciel. Matière vivante, épaisse, vibrante, à la différence des grands à-plats lisses que les Nabis cernaient. Dans la spontanéité des ces amples développements, je sens les efforts de ses lentes et précieuses acquisitions immatérielles.
Chez Jean Lafforgue, le contact avec le réel est lointain à l'encontre de l'abstraction toujours présente et proche, présente même dans l'excellence figurative où alors cette distance s'éloigne d'une lecture aisée.
Peindre des idées ? Nourrir d'idées sa peinture ? Chez Jean Lafforgue ni représentation stéréotypée, moins encore des décors vides de sens
Heureux les peintres qui ont renouvelé l'art en inventant un style sans renoncer à la figuration, heureuse aussi l'abstraction qui transcende le réel sans le défigurer.
Encore une fois, grâce à Jean et à ses amis de L'Art en Stalles, savourons les bonheurs simples de nos provincialismes.
Patrice de Bellefon
« Toute théorie, Cher Ami est chose grise ; mais l'arbre d'or de la vie est verdoyante » Goethe
oeuvre en haut : Juin (8), acrylique sur toile, 30 x 24 cm, 2007

Juin (3), acrylique sur toile, 2006, 80 x 100 cm

Mars (2), acrylique sur toile, 2007, 100 x 80 cm

Octobre (7), acrylique sur toile, 2006, 80 x 100 cm
exposition organisée par la Ville de Tarbes,
ouverture du lundi au samedi, de 14h à 18h.
Commentaires
Merci à toi.
Après toutes ces péripéties je suis content de voir ce texte publié et pouvant être enfin lu par tous, sans que quelques uns décident pour les autres de ce qui doit être lu ou pas.
Merci
Merci à pour Jean pour la beauté de ses oeuvres,
Merci à Patrice pour la claivoyance de son texte,
Merci à la Dépêche (journal) local de m'avoir indiqué le site sur lequel j'ai pu lire ce texte censuré !
Quand je pense, que l'on est en France en 2007....
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